Rencontre avec Didier Fusillier, Président de GrandPalaisRmn

Publié le 10 février 2026
5 minutes
  • Carte blanche
  • Actualités

Rencontre avec Didier Fusillier, Président de GrandPalaisRmn

Didier Fusillier
Président de GrandPalaisRmn

Par Katia Kulawick-Assante

 

Expliquez-nous ce qu’est la Réunion des Musées Nationaux (RMN) et son lien avec le Grand Palais ?

Didier Fusillier – 

La Réunion des Musées Nationaux date de 1895. Tous les musées nationaux étaient réunis sous ce label : récemment, Orsay et Versailles ont pris leur indépendance mais le label représente 17 grands châteaux et musées de France et plus de 38 boutiques, dont celle du Louvre. La RMN a fusionné en 2011 avec le Grand Palais et l’ensemble compte près de 1 000 salariés. L’entité comprend aussi l’agence photographique du Grand Palais-RMN, qui gère les droits de presque deux millions de clichés de monuments publics. Elle gère également la fabrication et la vente de moulages et l’atelier de chalcographie du Louvre (qui propose la vente de répliques des gravures anciennes, eaux-fortes et estampes-ndr), créé en 1797. Cela représente beaucoup d’activités en dehors du Grand Palais.

 

Qu’est-ce qui a changé au Grand Palais pour sa réouverture en 2024 pour les Jeux Olympiques – et au public en juin 2025 ?

Le Grand Palais a été entièrement rénové : il y avait eu des petits travaux, comme ceux des soubassements, mais il faut s’imaginer que tout le circuit électrique ou les 2200 portes dataient de 1900 ! Déjà, cela fermait à moitié, mais surtout, il fallait tout remettre aux normes. Auparavant, il y avait deux ascenseurs en tout et pour tout dans un bâtiment grand comme le château de Versailles ! Aujourd’hui, il y en a 42. Désormais, les personnes à mobilité réduite peuvent aussi profiter de l’espace. Cela a été un chantier énorme de refonte : rien de luxueux mais une mise aux normes techniques et de sécurité des publics et du bâtiment. Nous avons désormais un parc de 170 caméras et 3 postes de contrôle de sécurité. Il faut bien imaginer qu’avant, il n’y avait rien de tout cela.

 

Incroyable…

Oui, franchement. On a ouvert pour les épreuves d’escrime et de taekwondo des Jeux Olympiques en 2024, ce qui a été un petit challenge, d’abord avec la Nef, puis les galeries en juin 2025. La partie côté Palais de la Découverte, accolée au Grand Palais, rouvrira en 2026.

 

Quels sont les liens et comment fonctionnez-vous avec vos ‘voisins’ historiques, le Palais de la Découverte et le Petit Palais ?

Le Palais de la Découverte, ouvert en 1938, se situe dans l’aile Ouest du Grand Palais et fait partie d’Universcience, c’est-à-dire la Cité des sciences et de l’industrie de la Villette. Le Petit Palais, lui, a été construit en 1898, pour l’Exposition Universelle, par l’architecte Charles Girault, qui pilotait la construction du Grand Palais -avec trois autres architectes. L’état lui a confié, en plus, la construction du Petit Palais, c’est la raison pour laquelle il y a un phénomène de symétrie – on sent bien que c’est la même époque en regardant les deux monuments. Le Petit Palais est géré par la Ville de Paris. Ce ne sont pas les mêmes caisses, mais on s’entend très bien avec Annick Lemoine, la directrice, et on essaie de plus en plus de faire des choses ensemble, car on voit bien que le public passe de l’un à l’autre monument de manière assez fluide.

 

Qui choisit la programmation du Grand Palais ?

Une dizaine de personnes en interne, dont l’équipe de production, forment le comité de programmation. On reçoit beaucoup de projets d’artistes, qu’on étudie ensemble avant de décider ce qui nous parait le plus opportun pour la programmation. L’idée est de l’ouvrir à un public très large, le plus possible aux jeunes, le plus possible aux gens qui ont l’impression que ce n’est pas pour eux – parce que c’est un grand monument national. Le Grand Palais appartient à tout le monde et c’est vraiment notre volonté de l’ouvrir à tous les publics. C’est aussi la raison pour laquelle nous avons de nouveaux espaces gratuits, magnifiques, du côté des expositions : on peut prendre un verre, déguster une pâtisserie, venir avec ses enfants, s’installer dans un coin, personne ne vous demandera jamais rien. En été, un tiers de la Nef est accessible gratuitement, et c’est un énorme succès, car beaucoup de gens n’ont jamais découvert la verrière depuis l’intérieur du monument.

 

La programmation semble de plus en plus éclectique, jusqu’à s’ouvrir à des grandes soirées nocturnes…

Oui. Depuis le début, le Grand Palais est fait pour ça. En 1854, on a construit à Londres, le Crystal Palace, qui a brûlé en 1936. Donc il ne reste, dans le monde, de cette époque-là, que le Grand Palais. Il n’y a pas d’équivalent d’une aussi grande verrière et c’est ce qui le rend unique. On y a vu, historiquement, les grands salons, les concours hippiques, des événements complètement insensés comme le salon de la montgolfière, le salon du jet d’eau, etc. En 1900, c’est la première fois au monde que le public a pu découvrir le tapis roulant… au Grand Palais. Il y a eu le salon aéronautique – avant Le Bourget-, il fallait démonter les ailes des avions pour les faire entrer dans le monument, les premières voitures, etc. C’est un monument qui accompagne la vie des gens. Il y a toujours cet état d’esprit qu’avait relevé Karl Lagerfeld avec Chanel en y installant d’énormes décors. Il y a eu Monumenta, on a créé le grand festival autour du Brésil et d’autres grandes opérations en préparation. On a fini l’année 2025 avec le concert de Zaho de Sagazan et le groupe Air en version symphonique avec 8500 personnes assises, c’était incroyable, puis on a eu les 200 ans du Figaro, le défilé Chanel… Le Grand Palais tourne en permanence, avec 3 grandes expositions en même temps, ce qui n’était jamais arrivé. On sait qu’on peut toujours venir au Grand Palais, car il y aura forcément quelque chose qui vous intéressera.

 

C’est assez nouveau de venir faire la fête dans un grand monument national, non ?

Le Grand Palais attire aussi par son côté mode, notamment grâce à Chanel. Le lieu inspire, on le voit sur Instagram, avec le nombre d’images prises depuis le Grand Palais, avec le Grand Palais en fond et ça c’est assez nouveau. Il faut dire que se faire photographier devant le Grand Palais, ça a une allure folle. Et puis, on a envie de dynamiser cette partie des Champs-Elysées : avec l’exposition Dolce & Gabbana ou la patinoire, on fermait à 2H du matin. On a beaucoup d’expositions qui finissent à minuit, ce qui fait qu’il y a tout un public noctambule – comme cela a toujours été le cas sur les Champs-Elysées…

 

Racontez-nous l’histoire du Grand Palais ?

C’était l’époque des grandes expositions universelles de la fin du XIXème siècle, qui alternaient entre Londres et Paris… Avant le Grand Palais, il y avait un bâtiment qu’on appelait le pavillon de l’industrie, construit pour l’Exposition Universelle de 1855. Cela donne une idée de la richesse du pays à l’époque, il faut imaginer que le pavillon de l’industrie était plus grand mais pas vraiment dans l’axe du pont Alexandre III, inauguré en 1900. Il a donc été décidé de démonter le pavillon et d’y reconstruire le Grand Palais, en pierre de taille… dans l’axe, cette fois ! Il n’y avait pas de grue à l’époque, et malgré tout, il a été construit en 3 ans seulement, entre 1897 et 1900. Aujourd’hui, on veut garder cet état d’esprit joyeux, prêt à tout, sans limite qui prévalait à cette époque-là. Pendant la première Guerre mondiale, le Grand Palais est devenu un hôpital militaire, on y soignait les blessés qui venaient du front, puis il a été incendié au moment de la Libération de Paris à la fin de la seconde Guerre mondiale. C’est un monument qui a traversé toute l’histoire du XXème siècle, jusqu’aux derniers Jeux Olympiques, où on a vu que le public comme les athlètes étaient très enthousiastes à l’idée d’entrer à nouveau au Grand Palais.

 

Sa situation est également stratégique dans Paris…

Il est pile à la jonction de deux immenses lignes droites qui mènent toutes deux à des palais, dans l’axe du Louvre et des Invalides… Tout le monde croit que les Invalides datent de la même époque, mais c’est Louis XIV qui a ordonné sa construction en 1677 et le Louvre, Philippe Auguste au XIIème siècle. Ce sont des pans d’histoires extrêmement importants pour la nation française. Le Grand Palais est un bâtiment incroyable de 72 000 m2 au pied des Champs- Elysées, et il s’est inscrit dans une sorte de modernité permanente. Par rapport au Louvre qui a ses collections, le Grand Palais est une coque vide : donc à chaque événement, on ramène l’actualité du moment.

 

Qu’avez-vous découvert du Palais durant sa rénovation ?

Grâce à François Chatillon, le – formidable – architecte en chef des monuments historiques, on a retrouvé durant les travaux, en retirant toutes les couches de peintures, une sorte de jaune canard sur les escaliers. En fait, toutes les photos d’époque du monument étaient en noir et blanc, ce qui fait qu’on n’avait aucune idée de sa couleur d’origine ! Et comme le bâtiment s’est construit en trois ans, on n’avait pas la mémoire de la couleur de l’époque, mais on a retrouvé ce vert réséda et le bronze de l’escalier, tous deux magnifiques. On a retrouvé les marbres, et leurs origines dans des carrières en Italie ou des Pyrénées, ce marbre gris-vert-jaune qu’on retrouve également dans la galerie des Glaces au château de Versailles. Donc aujourd’hui, quand on vient au Grand Palais, on trouve très exactement les couleurs qui étaient celles de 1900 et cela rajoute une magie au lieu. Les balustrades sont dans un vert tellement spécial, que quand le soleil tombe, elles disparaissent quasiment, on a l’impression qu’il n’y a plus de garde-corps…

 

Parlez-nous de l’héritage architectural du Grand Palais, classé monument historique…

En fait, il y a plusieurs styles au Grand Palais : un style rococo, au palais d’Antin (côté Palais de la Découverte), que tout le monde adore ; il y a un style néo-industriel et il y a cette verrière qui est vraiment très particulière. Il faut imaginer qu’elle a été construite 25 ans après la tour Eiffel, mais déjà, on ne construit plus du tout comme avant, c’est-à-dire avec des boulons. La différence – et c’est la raison pour laquelle le Grand Palais s’est construit en 3 ans seulement-, ce sont les rivets tamponnés, la grande modernité de l’époque, car cela pouvait se monter comme un Lego. Il faut savoir que le poids de la verrière du Grand Palais est supérieur au poids de la tour Eiffel !

 

Le Grand Palais accueille de nouveaux lieux de restauration…

Le Grand Café porte bien son nom et ça ne désemplit pas. C’est un très bel endroit rénové par Joseph Dirand avec des marbres d’Italie, on y mange bien, c’est une carte agréable si on veut prendre un verre, il est ouvert quasi tout le temps et il y a une belle ambiance. On a une deuxième adresse moins visible, le Réséda Café, avec un menu de Thierry Marx. C’est un peu moins cher que le Grand Café, il y a un côté restaurant et un côté self, c’est hyper sympathique et on y mange très bien aussi.

 

Comment le Grand Palais s’adapte-t-il aux enjeux environnementaux et de durabilité à la fois dans son fonctionnement et durant ses événements ?

Le Grand Palais est raccordé au réseau Air de Paris, il n’y a pas de climatisation, pas vraiment de chauffage, mais une sorte de maintien de la température à un niveau acceptable… C’est un rafraichissement par le sol, grâce à des kilomètres de tuyaux d’eau qui chauffent l’atmosphère. Evidemment, lors des salons et expositions, on fait très attention au recyclage de tous les matériaux, autant que possible.

 

Quelles sont les challenges du Grand Palais désormais ?

Trouver le bon rythme. Le Grand Palais d’été, la patinoire en hiver, les salons comme Art Basel, le Saut Hermès sont des grands rendez-vous incontournables qui jalonnent l’année. Autour de ça, on amène une sorte de fantaisie globale sur le bâtiment autour d’expositions, de spectacles, de fêtes…

 

Vous êtes un homme de théâtre : quelle est, pour vous, la dimension théâtrale du Grand Palais ?

Le premier spectacle de théâtre au Grand Palais était plutôt du cabaret, avec le chorégraphe François Chaignaud, en clôture du Festival d’Automne. Il y a eu Mohamed el Khatib l’été dernier. Il y aura le directeur du festival d’Avignon, Tiago Rodriguez avec un vrai spectacle de théâtre du 18 au 21 juin 2026. On a déjà des projets avec l’Opéra de Paris, on travaille avec l’Opéra-Comique, sur toutes les formes, même hybrides de théâtre, qui nous intéressent beaucoup. Le Grand Palais est aussi un lieu fantastique pour la danse, parce que notre but est que le bâtiment soit notre cadre de scène, sans aucun artifice…

Restez informé