Rencontre avec Marin Montagut, illustrateur et créateur de beaux souvenirs parisiens

Publié le 25 mars 2026
5 minutes
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Rencontre avec Marin Montagut, illustrateur et créateur de souvenirs parisiens

Marin Montagut
Illustrateur et créateur

Interview de Marin Montagut, illustrateur et créateur de beaux souvenirs parisiens

Par Katia Kulawick-Assante

 

-Vous avez grandi dans une famille d’antiquaires. Est-ce que cela a influencé votre sensibilité d’esthète ?

Oui, j’ai grandi dans un univers créatif avec une grand-mère artiste peintre, des grands-parents et un père antiquaires, une mère brocanteuse. Ma grand-mère n’avait pas beaucoup de moyens, mais elle avait un talent incroyable pour transformer peu de choses en décors de théâtre, avec des tissus et des meubles chinés qu’elle repeignait. J’ai grandi au milieu des objets anciens. Grâce à eux, cette idée de raconter des histoires à travers les objets m’a toujours accompagné…

 

-A quel âge êtes-vous arrivé à Paris ?

A 18 ans, je suis parti à la Saint Martin’s School of Art, à Londres, pour apprendre l’anglais et découvrir une autre pédagogie. Passer de ma province à une capitale étrangère a été un vrai défi car je parlais à peine la langue. Cette école préparatoire m’a permis d’explorer la photo, la mode, le dessin, de m’épanouir et surtout de comprendre qu’il n’y a pas qu’une seule manière de créer. Ça m’a ouvert l’esprit. Puis, à 19 ans, j’ai choisi Paris. J’ai eu un véritable coup de foudre. Je me suis immédiatement dit : c’est ma ville, c’est ici que je vais m’installer.

 

-Comment avez-vous trouvé votre voie ?

Je n’ai jamais aimé l’école. Petit, quand on me demandait ce que je voulais faire, je répondais : « travailler dans les arts ». Je trouvais difficile l’idée de choisir un seul métier pour toute une vie. Alors, j’ai inventé le mien… Et je continue de le réinventer sans cesse. A 20 ans, j’ai travaillé comme assistant décorateur sur des films d’époque. Ensuite, je me suis lancé dans la réalisation vidéo. Très tôt, j’ai créé et édité mes guides illustrés « Bonjour Paris », « Bonjour Londres », « Bonjour New-York » – avec comme baseline ‘ne plus être un touriste dans ces villes’. J’adore les cartes même si je ne sais pas trop les lire, je suis un peu nul en orientation. Mais sans m’en rendre compte, j’avais créé ma propre maison d’édition. Quand Flammarion m’a contacté pour racheter le concept, on m’a demandé le nom de la maison d’édition… je n’en avais pas, je faisais tout moi-même, dans mon studio de 25m2, avec les cartons de livres stockés sous le lit. Je n’ai jamais décidé de créer une marque. Les choses se sont faites naturellement. A chaque étape, j’ai simplement inventé un nouveau métier.

 

Aujourd’hui, vous êtes devenu une signature créative parisienne : vous réalisez à la fois de l’art de la table, des objets souvenirs, de la papeterie, de la décoration, du textile, du parfum, des livres…

C’est un immense honneur. Je suis très fier de savoir que mes objets voyagent dans le monde et accompagnent des souvenirs heureux de Paris. Je suis arrivé à 19 ans, je ne connaissais personne. Paris m’a accueilli les bras ouverts. C’est ma ville. Ici, tout m’inspire, je lève les yeux et… c’est extraordinaire. Je pense que moins on est Parisien, plus il y a une admiration pour cette ville. Jusqu’à 18 ans, je ne voyais Paris que dans les magazines. J’ai le souvenir de ma mère qui me disait, ‘ça, on ne le trouve qu’à Paris !’. Comme quelque chose d’intouchable, qu’on observe de loin. Cela m’a donné envie de lui rendre hommage. J’aime détourner des clichés et les rendre désirables, même pour les Parisiens. C’est peut-être un peu égoïste, mais je ne conçois pas un objet parce qu’il est à la mode. Je crée d’abord pour moi. Par exemple, les cartons à dessin se ressemblent tous : j’en voulais un différent, alors je l’ai réalisé.

 

Qu’est-ce qui nourrit votre créativité au quotidien ?

Après le lancement de mes cartes « Bonjour Paris », des marques m’ont contacté. J’ai commencé à faire des collaborations, des objets illustrés… Voir mes dessins prendre vie sur un verre, une tasse, un foulard ou un coussin me procure une joie immense, un peu comme un enfant le matin de Noël. Créer me nourrit chaque jour. J’aime le côté inventeur. J’ai réalisé que tous mes métiers avaient un fil rouge : raconter des histoires. Quand je lance un parfum (« L’Eau Douce »), une collection d’assiettes ou un livre, je construis un récit autour. Instagram joue un rôle essentiel dans mes projets : je gère tout moi-même, du montage vidéo à la publication. Ce que j’ai appris dans mes expériences précédentes me sert aujourd’hui, que ce soit le montage, la mise en scène ou l’édition… Dans un monde où l’on a tendance à mettre les gens dans des cases et où on attend de vous de ne faire qu’un seul métier, je me suis épanoui en restant indépendant et en explorant différentes disciplines.

 

Comment démarrez-vous une collection ou une nouvelle création ?

Je commence toujours par dessiner chez moi, à l’aquarelle. Je scanne ensuite mes dessins et nous discutons du projet avec les équipes : en fonction de la faisabilité, il sera réalisé en interne, ce que j’essaie de faire au maximum dans notre petite manufacture, sinon je pars à la rencontre d’artisans pour une collaboration. Récemment, j’ai créé une boite de crayon de couleur au Portugal, dans l’une des dernières manufactures en Europe qui les fabriquent encore à l’ancienne. Je suis allé la visiter, c’était comme remonter le temps : rien n’a bougé depuis les années 1930. C’est fascinant.

 

Vous collaborez avec des artisans parisiens aussi ?

Oui, beaucoup. Je travaille notamment le papier marbré avec une artisane qui le fabrique comme au XVIIIe siècle, dans des cuves, dans le 10e arrondissement. Chaque feuille a une marbrure unique. On le retrouve sur mes abat-jours, réalisés à la main par une autre artisane, toujours à Paris.

 

On retrouve toutes ces adresses compilées dans votre dernier bel ouvrage, « Mon Paris de toujours » (Flammarion) ?

Oui. Avec mon éditrice Kate Mascaro, nous avons réuni des adresses à Paris qui existent depuis trente ans au moins – et jusqu’à plusieurs siècles. A travers plus de 475 adresses, ce livre est une déclaration d’amour à un Paris secret, celui des savoir-faire anciens, des ateliers cachés, des passages oubliés et des lieux qui résistent au temps.

 

Vous continuez à chiner ?

C’est ma passion première. Je chine en Normandie, où j’ai une maison ; chez ma mère qui a une boutique à Honfleur ; aux Puces de Saint-Ouen ou durant mes voyages. Je partage mes adresses favorites à Paris dans « Mon Paris de toujours ». Certaines de mes trouvailles sont exposées dans ma boutique, rue Madame, dans une vitrine dédiée aux souvenirs de Paris de 1900 à 1970 : il y a notamment des souvenirs des expositions universelles dans des matériaux nobles, faits en France et toujours en très bon état. Dernièrement, j’ai trouvé un porte cigarette en forme de tour Eiffel – mais celui-là je le garde… je n’en avais jamais vu auparavant.

 

Vous avez signé un livre, « Sous les toits de Paris » (Flammarion) avec Inès de la Fressange…

Inès est une grande amie, je l’ai rencontrée à 22 ans alors que je travaillais chez un décorateur aux puces de Saint-Ouen. C’est une personnalité d’une grande générosité. Elle soutient la jeunesse, donne sa chance à ceux qui débutent, même sans CV impressionnant… C’est rare et précieux.

 

Quel est votre moteur au quotidien ?

Donner vie à mes idées. J’ai besoin de ce mouvement permanent, de me lever le matin avec de nouveaux projets. Je ne suis pas du genre à m’attarder une fois un projet terminé, je passe vite au suivant. L’enthousiasme et le travail investis suffisent à ma satisfaction. J’aime explorer, expérimenter…

 

A quoi ressemble une journée avec vous ?

Je réponds à mes mails puis passe à l’atelier suivre les projets en cours. Notre atelier dans le 20e arrondissement compte désormais une douzaine de personnes, dont l’équipe graphique. Ma sœur, Aude, travaille avec moi en tant que directrice associée de la marque. Je suis très proche de mes équipes. C’est important pour moi, à la boutique comme à l’atelier, de les voir épanouis. L’énergie collective est primordiale. Ensuite, je déjeune rapidement, je vais faire de l’escalade, un sport que j’aime beaucoup, puis je file à la boutique pour apporter de nouveaux objets ou des antiquités chinées. Je peux passer une journée entière à dessiner chez moi, surtout quand il pleut. J’adore rester chez moi quand il pleut. Je vis dans le 11e, mon atelier est dans le 20e, ma boutique à Saint-Germain-des-Prés donc je passe beaucoup de temps à traverser Paris en scooter.

 

Votre prochain projet ?

Une collection exclusive avec le jardin du Luxembourg et un pop-up à Séoul, en Corée.

 

Boutique Marin Montagut

48, rue Madame, Paris 6e

www.marinmontagut.com

 

 

 

 

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